Témoignages 

> A l'occasion du 60ème anniversaire de la libération de Lure et de ses environs, les rédactions des journaux locaux l'Est Républicain et Le Pays de Franche Comté ont publié plusieurs articles d'après les témoignages d'anciens.

Voici une sélection des plus intéressantes :


Actes patriotiques :

Georges Petitot, entré en résistance discrète depuis sa démobilisation a placé le drapeau tricolore sur le monument aux morts luron à l'entrée des Américains.

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Jean Girardot, alors maire de Magny Vernois, a laissé ce témoignage : « Le 16 septembre 1944, Lure venait d'être libérée par la 3ème division américaine.

À 15 h seulement, certain qu'il n'y avait plus d'ennemis dans le secteur, le colonel m'envoya un officier pour me dire qu'il était possible de pavoiser et de sonner la cloche. Immédiatement, je sortis tout ce que je possédais comme drapeaux et j'en décorai balcon, fenêtres et grille. Ce que voyant, mes voisins en firent autant.  Ce fut aussitôt une floraison qui se propagea de proche en proche ; ceux qui n'avaient point de drapeaux en avaient confectionné parfois avec des oripeaux. Puis j'allais pavoiser la mairie et faire sonner la cloche, pendant plus d'une heure. »

 

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Anecdotes :

 

Jean Duguet,à l'époque Franc Tireur Partisan, se souvient de cette journée du 16 septembre 1944 avec beaucoup de précision: « Notre objectif était le Pont de l'Ognon et nous avons fait quatre prisonniers allemands, même s'ils n'avaient pas vraiment envie de se battre...avenue Jean-Jaurès, quand on a vu les "Ricains" qui descendaient, on est allé à leur rencontre et on leur a remis les prisonniers. La nouvelle a vite fait le tour de la ville et lorsqu'on est revenu, les gens nous applaudissaient. On a été invité à boire un verre, puis deux et ça s'est terminé par une cuite mémorable... »

 

Avec ses compagnons, « pour dessaouler », il a été envoyé garder le pont du Magny.

« L'ambiance était pénible à Lure. Il y a eu trop de règlements de comptes, de femmes tondues...

Bien sûr, il y avait de la joie mais, par moment, c'était sordide ...

À la Libération à Lure, il n'y a pas eu l'allégresse que l'on était en droit d'espérer », regrette Jean Duguet

 

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Le 16 septembre 1944, à l'autre bout de Lure, Gilles Roy était également dans un abri. Sa mère était directrice de l'école de la Pologne et il se trouvait dans la cave de la maison « Caël », en face de l'hôpital Marie Richard. « Il y avait eu des bombardements les jours précédents ». C'est là que Schultz, un Luron surnommé « Pla Pla » avait été tué. Un obus était même tombé sur la salle de jeu de l'école !

« Le 16, comme souvent, les gens entraient, sortaient… Tout à coup, l'un a crié, « les Américains arrivent ». On est tous sorti. Les troupes remontaient la rue Carnot… Dans les jours suivant, je me suis trouvé aux premières loges parce qu'ils ont installé leur centre de ravitaillement dans le square et à l'école.

Malgré le terrain boueux, ils ont monté des tentes où ils entassaient des miches de pain, des rations…Des camions GMC venaient sans arrêt pour charger ou décharger la nourriture. Les soldats entassaient les pommes de terre à la pelle. Ils mettaient le beurre, les meules de gruyère dans les salles de classe, sur le trottoir. Quand les Américains quittèrent Lure, les troupes françaises ont repris les installations»

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Huguette Roy, née Suty, avait 13 ans à cette époque. Son père était prisonnier en Autriche et sa mère s'efforçait tant bien que mal de faire « marcher » la boulangerie située 53 avenue de la République. Le 16 septembre 1944, il y avait eu une alerte . « J'étais dans la cave de la boulangerie qui servait d'abri. C'était une cave en rez-de-chaussée étayée par 3 troncs d'arbre. Il y avait la même dans l'ancien magasin Murat. Dans l'abri, il n'y avait que des femmes et des enfants... Lure avait subi de nombreux bombardements durant les jours précédents. On savait par la radio que les Américains avaient libéré Vesoul (le 12 sept) et qu'ils arrivaient par la N 19. A un moment, on est sorti et on les a vu. Ils descendaient la ville avec des chars, des jeeps… Ce qui nous a tout de suite surpris, c'est le bruit ou plutôt l'absence de bruit que faisaient les soldats en marchant. On était habitué à entendre le pas des Allemands et là, rien. On a su plus tard que les souliers des Américains avaient des semelles de crêpe et non des semelles cloutées… »

Les soldats, sur deux colonnes progressant de chaque côté de la rue, arrivèrent en ville.

« Ils avaient des tenues que l'on trouvait très « modernes »: pantalons ajustés, blouson et une démarche « chaloupée » et décontractée. Ils n‘avaient pas l‘air d‘avoir peur. »

Les libérateurs furent évidemment salués avec enthousiasme. « Tout de suite, on a dressé une table dans le couloir et on a fait des tartines de confiture qu'on leur a données! C'est tout ce qu'on avait! Ils les prenaient mais je crois que c'était pour nous faire plaisir car, visiblement, ils n'avaient pas faim.

Après, ce sont eux qui nous ont fait des cadeaux. Ils nous offraient des boîtes (des rations K)

Boite de ration K breakfast (collection personnelle)

dans lesquelles il y avait du café, des gâteaux, des pâtes de fruit, du chewing-gum et des paquets de trois cigarettes! C'est comme ça que j'ai fumé ma première Camel... »

    Pour en savoir plus sur les rations K

    Pour en savoir plus sur les rations C

 

Avec les Américains et leurs rations, les Lurons découvrent les "beans" (ils nommaient ainsi différentes conserves à base de haricots), les boîtes de sauce tomate, le maïs, le pâté « Eggs and jam ».

Boite de "beans"

Les Américains ne restèrent pas longtemps dans la ville. « Dès le lendemain de leur arrivée, tout le monde a pavoisé sa maison. Il y avait des drapeaux, des banderoles cousues hâtivement, des oriflammes sur toutes les façades et sur tous les magasins. On allait voir les soldats devant la Maison des Oeuvres. Ils faisaient cuire leurs « beans » dans leurs casques …

J'étais en classe de 4ème à Sainte-Anne. Il y avait des tranchées dans la cour. Les Américains y avaient installé un hôpital. Ils l'avaient baptisé hôpital Spears. Les blessés étaient dans les salles. On allait les voir puisqu‘on avait pas école.»


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Auteur Thierry JUIF
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